

Snoro
(La Galerie à Fériole – Atotoy – Bière de parc à vache)
La galerie à Fériole était reconnue comme la plus belle du village du Bois : un lieu où il y avait toujours de la musique, au point qu’on raconte que le sol vibrait à deux maisons de distance. À une époque où l’on ne pouvait pas toujours boire de la bière à la maison, Fériole, son père Yvet et son grand‑père Dominique, à Saindoux, en fabriquaient en cachette, dans les parcs à vaches, un peu comme du moonshine.
Atotoy est l’onomatopée vocative : le cri pour ramener le bétail à la maison. Une histoire raconte qu’un soir, alors que Fériole appelait ses vaches, l’une d’elles manqua à l’appel. Quelques jours plus tard, il reçut un message du pénitencier de Dorchester : la vache, comme bien d’autres qui passaient l’été libres à l’orée du bois, s’était égarée… et avait été emprisonnée, le temps que Fériole vienne payer pour la faire sortir.
Le titre Snoro vient d’une expression locale — « mon p’tit snoro » — utilisée pour parler de quelqu’un de ratoureux… comme il s’en trouvait, paraît‑il, dans bien des branches de la famille LeBlanc.

Le départ de Charlotte
(Le départ de Charlotte – Für Rosalie – Sisterhood Shuffle)
Composée par Mélodie LeBlanc, cette suite est née lorsque sa sœur Charlotte a quitté la maison à l’âge de seize ans pour s’installer à Moncton. Pour Rosalie exprime ce moment où la plus jeune sœur, d’abord peinée de voir ses grandes sœurs quitter le nid familial, découvre ensuite qu’elle peut s’approprier leurs chambres, tracer son propre chemin et profiter du temps qui reste avec Rosalie. Sisterhood Shuffle célèbre la complicité unique entre trois sœurs qui ont partagé tant d’aventures, en grandissant ensemble sur une ferme ancestrale, en sillonnant les routes et en voyageant le monde avec leur musique, un lien tissé de rires, de souvenirs et d’un esprit indéfectible qui les unit encore aujourd’hui.

Prison de Nantes
(Polcadie)
Cette pièce raconte une vieille ballade de prison et d’espérance, où la quête de liberté rejoint l’histoire de nos ancêtres détenus à Halifax pendant le Grand Dérangement, dont Pierre‑Victor LeBlanc et sa future épouse Marguerite Saulnier, unis dans l’épreuve avant de l’être dans la vie.

Pisiguit
(La Mirligouèche – La Pisiguit – La Chebookt)
Cette suite de trois jigs s’inspire des anciens noms de lieux de la Nouvelle‑France : La Mirligouèche (Lunenburg), un nom évoquant les moutons sur les vagues, La Pisiguit (Windsor), signifiant « jonction des eaux », et La Chebookt, aujourd’hui Halifax, signifiant « Grand Port ». Elle évoque aussi une vieille ballade d’espérance, rappelant le destin de Pierre‑Victor LeBlanc et Marguerite Saulnier, tous deux emprisonnés à Chebookt durant le Grand Dérangement, où leurs chemins se sont croisés avant de s’unir. Libérés, ils s’installeront à Pisiguit, puis déménageront à Memramcook, berceau d’une lignée de six générations de violoneux, au cœur de notre histoire familiale.

Belle-Isle
(Reel Antoine à Daniel – Reel Marie à Jacques Bourgeois – Reel à Françoise Gaudet)
Daniel LeBlanc, arrivé en Acadie comme laboureur, s’enracine sur les terres endiguées du marais de Belle‑Isle, façonnées par les digues et les aboiteaux qui en faisaient l’un des sols les plus fertiles de Port‑Royal. Son fils Antoine, né de son union avec Françoise Gaudet, appartient à cette génération qui consolide l’Acadie avant la tourmente. En épousant Marie Bourgeois, fille de Jacques Bourgeois, chirurgien et pionnier de Port‑Royal, et de Jeanne Trahan, il unit deux familles fondatrices qui structurent la jeune communauté.
Leur descendance porte ensuite les marques de l’exil : René meurt sur les côtes de la Miramichi lors du Grand Dérangement, tandis que Josephe, dit Le Maigre, termine sa vie à Belle‑Île‑en‑Mer, petite île située au large des côtes de la Bretagne, en France.
Cette suite de compositions évoque la stabilité avant la tourmente, la force des alliances familiales et la transmission silencieuse qui permettra au peuple acadien de survivre aux épreuves à venir.

1759
(Reel à Pierrotte à René – Le camp d'Espérance– Reel Joseph dit le « Maigre »)
Pierrotte est l’un de nos ancêtres qui a survécu au Grand Dérangement. À quinze ans, lui et sa famille se sont réfugiés au camp d’Espérance, sur la rivière Miramichi. Son père René et sa mère Anne Thériault sont morts de faim en 1759.
Joseph dit le Maigre, frère de René, fils d’Antoine à Daniel, fut une figure majeure de la résistance acadienne avant 1755. Il termina sa vie à Belle‑Île‑en‑Mer. Cette suite de compositions évoque l’espoir malgré l’instabilité, la perte et l’exil.

Wingtrala
Wingtrala raconte l’histoire d’une demoiselle qui rencontre un gentil cavalier. Séduite au début, elle découvre qu’il est cordonnier et, malgré le fait qu’il lui parle d’amourette, décide finalement de ne pas l’épouser.

Nanette
Cette pièce est dédiée à Anne « Nanette » LeBlanc (v. 1778–v. 1820), épouse de François LeBlanc dit « Saindoux », fils de Pierre‑Victor dit « Pierrotte », petit‑fils de René à Antoine à Daniel. Née de parents survivants du Grand Dérangement, Nanette appartient à la génération qui a rebâti l’Acadie dans le quotidien. Sa mémoire évoque la force tranquille des femmes qui ont porté la famille, la langue et le lieu, longtemps après la tempête.

Trois bons messieurs
Parmi les complaintes les plus tristes que nous connaissions, Trois bons messieurs raconte l’histoire bouleversante d’une jeune fille qui expose son enfant.

Meurette
Meurette est l’histoire d’une vache de la famille LeBlanc, dont le lait servait à faire du fromage lorsque les filles étaient jeunes.

The Barking Dog Set
(The Barking Dog Reel – La Charles à Jack à Fériole – La tcheu de cochon – Les sœurs Landry)
Cette suite s’inspire d’une ancienne croyance du village du Bois : lorsqu’un chien noir s’arrêtait devant une maison pour aboyer, on y voyait un mauvais présage.
Ira, le frère de mon grand‑père, m’a transmis les vieux airs de notre lignée. Lui et Edgar, surnommé « Jack », fils de Fériole, ont grandi dans une demeure où la musique ne cessait jamais de vibrer. Fériole, violoneux d’exception — et, disait-on avec tendresse, le plus mauvais conducteur du village — ouvrait toujours la route le dimanche après la messe, car nul n’osait se risquer à rouler devant lui.
Mon père, Charles, se rendait chez Fériole avec son père, « Jack », lors des belles soirées d’été. Ils quittaient la chaleur étouffante de Moncton pour retrouver la fraîcheur bienfaisante de la vallée de Memramcook. Là, dans la lumière dorée du soir, on entendait Jack et Fériole faire danser leurs archets, leurs mélodies se répandant doucement dans l’air. Pendant ce temps, mon père et son frère donnaient un coup de main au jardin, baignés dans la musique, la camaraderie et la paix simple de la vallée.
On y croise aussi les sœurs Landry qui, selon Ira LeBlanc, cousaient en chantant toute la journée, quittant rarement leur maison de Memramcook — un clin d’œil à nos cousins Landry et à ceux de Louisiane, porteurs d’un même fil musical transmis par le temps et emporté vers le sud par l’histoire.

Les menteries à Donatien
(Polka à Donatien Gaudet)
C’est Donat Lacroix qui nous a fait découvrir cette pièce, qu’il avait lui‑même apprise de Donatien Gaudet. Donatien, père de Sainte‑Croix à l’Institut de Memramcook, était un petit homme à la voix grave. Cette pièce s’inscrit dans la tradition orale des menteries, où la seule voix suffit à faire vivre le personnage et à porter l’histoire d’une génération à l’autre.

